Le simple fait de poser la question expose ses auteurs à une inquiétante mise au pilori. Théoricien du désordre et physicien, Serge Galam n'a rien du »complotiste ». Il travaille depuis vingt ans sur les mouvements d'opinion et a observé à partir de 2007, la montée en puissance du catastrophisme sur le climat avec l'affirmation que l'homme était coupable d'une apocalypse programmée (à venir).
Il s'est senti gêné par la présentation des faits : d'abord l'unanimité, sans cesse mise en avant, des 2 500 scientifiques du Groupe d'experts international sur l'évolution du climat (Giec), ensuite la culpabilité s'appuyant sur un fait « scientifique ».
Or quand Serge Galam s'est penché sur la climatologie et ses preuves, il a remarqué qu'elle n'était pas (encore) une science capable de prédiction exacte et que les dites preuves n'étaient que des résultats de modèles simulés sur gros ordinateurs. (voir la vidéo)
Il a alors écrit une tribune dans Le Monde, où il s'en expliquait longuement, avec toutes les précautions d'usage sur le fait qu'à ce jour, il n'y a pas de certitude scientifique de la culpabilité humaine dans le réchauffement climatique global de ces dernières années :
« Il y a seulement l'intime conviction de milliers de scientifiques. Et ce n'est pas parce que le débat serait clos au sein de la communauté institutionnelle des climatologues que la question est dépassée. Elle n'est toujours pas résolue scientifiquement, même si elle l'est “politiquement”, du moins en principe. »
Quelle ne fut pas sa surprise face aux réactions nombreuses et violentes venant de toutes parts (collègues, amis, inconnus…) :
« Un hallali. On demandait des sanctions contre moi, j'étais attaqué sur le plan moral. »
Invité par un éditeur à approfondir la question, il a alors écrit « Les scientifiques ont perdu le Nord, Réflexions sur le réchauffement climatique » (Plon 2008).
Dans ce passionnant opus, qui analyse les ressorts de l'unanimisme ambiant sans tomber dans la théorie du complot, on renoue avec les vertus du doute.
Car il n'y a pas d'un côté les alarmistes, et de l'autre les sceptiques : on n'entend en fait qu'une parole, celle qui nous annonce la fin du monde, comme les deux livres reçus ce matin sur mon bureau « La catastrophe climatique » (Robert et Maya Kandel, Hachette Littérature) et « Alerte. Changement climatique : la menace de guerre » (Gwynne Dyer, Robert Laffont). Quant à la conférence de Copenhague en décembre, son objectif affiché est de nous éviter le pire.
ONG, scientifiques, politiques, tous prédisent le même avenir avec le même degré de certitude décidé par le Giec. Serge Galam temporise :
« Dire à 90% de certitude que l'homme est la cause du changement climatique revient à 0% de preuve. Car on n'a qu'une planète, un seul climat dont on ignore le fonctionnement et donc les probabilités n'ont pas de sens. Et pourtant les décisions que l'on prendra nous concerneront tous. »
Que dit Serge Galam de si répréhensible ? Que le climat est bien trop complexe pour se réduire à un seul paramètre, le CO2, que la climatologie est une science jeune, pas du tout exacte, et que « pour qu'elle devienne une science dure, il faudrait qu'elle soit capable de faire des prédictions réfutables par l'expérience ». Ce sera peut-être le cas dans deux ou trois cents ans.
« L'effet de serre est bien plus compliqué qu'on ne le dit. Bien sûr que le CO2 y contribue, mais on ne parle quasiment jamais du méthane, de la vapeur d'eau, qui y contribuent encore plus, et surtout on ignore les effets inattendus que pourraient avoir d'autres données sur le climat. »
Animé d'aucun présupposé politique, il revendique la lutte contre la pollution, le gaspillage, les inégalités. Mais, la science n'est pas la morale et de la confusion entre les deux peuvent naître des troubles graves :
« Quand, au nom d'une bonne cause, on utilise de faux arguments, ça aboutit à la catastrophe. C'est comme le colonialisme où l'on allait piller les ressources au prétexte de sauver les âmes. »
Cette obligation de revoir notre modèle de développement capitaliste sous la menace du réchauffement climatique conforte Serge Galam dans son scepticisme : et si l'Occident était en train d'organiser sa propre perte, en se créant un ennemi, nous-mêmes ?
On va se demander de gros sacrifices, et cela a quelque chose de « rassurant », estime-t-il, parce qu'à l'inverse, dire que le changement climatique a des causes naturelles « est beaucoup plus angoissant, car il n'est pas garanti que nous puissions y faire fac. » :
« Derrière ce consensus, il y a le mythe d'une nature idéale, où la terre débarrassée de l'homme aurait un climat qui ne bougerait pas. C'est faux.
Et ceux qui veulent mettre fin au capitalisme pour sauver la planète auront préparé les esprits pour demain mener une guerre salvatrice au nom d'un devoir supérieur d'ingérence de sauvegarde de la planète et du même coup… rétablir la suprématie de l'Occident sur le monde des humains.
Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. »
Photo : image extraite du film « Le Jour d'après », de Roland Emmerich (DR)
A cause d'une formule lâchée par Mitterrand en 1983, la taxe professionnelle, l'une des principales sources de financement des collectivités locales, est marquée de façon indélébile du sceau « impôt imbécile ».
La « TP » a pourtant un grand avantage : elle maintient un lien fort entre les entreprises et les territoires. Un maire se battera comme un chien pour garder une entreprise sur le sol de sa commune, si celle-ci permet de financer les infrastructures de la ville.
Mitterrand la considérait comme « imbécile » parce qu'elle frappait l'investissement et les salaires. La « TP » a pas mal changé depuis lors (une vingtaine de réformes).
En 1999, le ministre des finances Dominique Strauss-Kahn a ainsi retiré la masse salariale de son assiette, considérant, non sans raison, qu'il s'agissait d'un frein à l'emploi.
Mais la taxe a gardé sa sale réputation. Nicolas Sarkozy a décidé de la supprimer, une opération qui se révèle beaucoup plus compliquée que prévu. En témoigne la bronca à laquelle on assiste depuis quelques jours au Sénat, avec Raffarin dans le rôle du capitaine des révolté du Bounty.
Nicolas Sarkozy le fait au nom de la compétitivité des entreprises. Il s'en est expliqué par un exemple en février :
« Pour construire la même voiture en République tchèque, qui est aussi membre de l'Union, et en France, il y a une différence de 1 000 euros.
Et sur ces 1 000 euros, un tiers représente la taxe professionnelle, qui est une taxe qui n'existe nulle part ailleurs en Europe. Je vous l'annonce, je vais supprimer la taxe professionnelle en 2010, parce que je veux garder les entreprises en France. »
La taxe professionnelle est accusée de favoriser les délocalisations. Elle frappe en effet aujourd'hui les investissements (machines, immeubles…) et représente pour les entreprises un coût de plus de 20 milliards d'euros par an. Mais c'est une ressource en baisse.
L'Etat a déjà accordé des tas d'exonérations à la TP, et a dû compenser ces dégrèvements : ces compenssations représentent environ 40% des recettes de la TP. Où l'Etat trouve-t-il l'argent de ces compensations ? Dans d'autres poches. Ce qui freine d'autres activités économiques…
Supprimer un impôt qui grève la compétitivité, c'est une bonne idée. Le problème, c'est qu'il faut continuer à financer les routes, les ports, etc. Il faut donc remplacer l'impôt supprimé par d'autre chose. Question : existe-t-il un impôt qui ne grève pas l'activité économique ? Réponse : non.
Le gouvernement propose de remplacer la taxe professionnelle par une Contribution économique territoriale, dont l'assiette serait essentiellement assise sur la valeur ajoutée des entreprises.
La taxe professionnelle a représenté jusqu'à 50% des ressources fiscales des collectivités locales (communes, départements français, régions, réunions de communes). La réforme, telle qu'elle se dessine, représenterait un pour elles allègement de 6 milliards d'euros, l'Etat promettant une compensation « à l'euro près ».
Les collectivités locales sont inquiètes parce que tout cela n'est pas « vissé ». Ainsi, Nicolas Sarkozy a promis cette compensation « à l'euro près » pour 2010 et 2011. Mais quid de la suite ?
La bronca a commencé dès la rentrée. « C'est tout de même se foutre du monde. Le président Sarkozy avait promis une compensation euro par euro, mais il avait oublié de dire “pendant un an” », a ainsi rouspété l'ancien Premier ministre Alain Juppé début octobre. Oui, « foutre ».
Les élus locaux, et leurs porte-parole au Sénat, réclament donc des garanties sur la compensation promise. A la Chambre haute du Parlement, la fronde est menée par un autre ex-Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, sénateur de la Vienne :
« L'ensemble des actions qui sont menées par les collectivités territoriales ne sont pas aujourd'hui clairement financées, il faut donc le savoir avant de voter. »
Supprimer un impôt pour le remplacer par un autre a forcément des conséquences sur la répartition de la charge fiscale.
Dans la réforme proposée, la TP reposerait désormais sur la valeur ajoutée (qui correspond pour l'essentiel aux salaires, à l'amortissement des investissements et aux bénéfices), et non plus sur le seul capital. C'est donc en partie un retour à la situation qui prévalait avant le retrait des salaires de l'assiette (sous Jospin, en 1999). Il s'agissait alors de rendre « moins imbécile » l'impôt honni.
Un tel retour n'est pas sans justifications : pourquoi pénaliser les entreprises qui ont des machines (industrie) par rapport à celles qui n'en ont pas (services) ? Selon Guillaume Duval, d'Alternatives économiques, « la base large associant salaires et investissements de la taxe professionnelle d'avant 1999 était en fait la bonne ».
Un point de vue que ne partage pas économiste Thomas Piketty. Dans sa chronique de Libération, il juge que réforme actuelle ne va pas pour dans le bon sens :
« Cela aboutira à un allègement pour le capital et à un nouvel alourdissement du prélèvement fiscal pesant sur le travail et la consommation (…).
Il eût été plus justifié de conserver l'assiette actuelle, qui avait en outre l'avantage pour les collectivités territoriales d'être plus facilement localisable et moins volatile que les bénéfices. A condition de revoir enfin les valeurs des bâtiments et équipements des entreprises, valeurs qui, comme pour les autres impôts locaux, n'ont pas été révisées depuis les années 70 ».
A la vérité… il n'y a pas vraiment de vérité. En matière d'impôt, aucune solution n'est jamais satisfaisante. Quand on ne taxe pas le travail (parce que l'emploi, c'est important), il faut bien taxer le capital (et prendre le risque d'accentuer les délocalisations).
Illustration : l'affiche des « Révoltés du Bounty » (1962)
Au nord de la France, des milliers de clandestins continuent d'espérer un sésame pour la Grande-Bretagne. D'autres, qui ont réussi le passage, sont déçus par leur nouvelle existence. L » « eldorado anglais » perdrait-il de son attractivité ?
De la déception, voire des illusions perdues. C'est que ressentirait la population immigrée non-européenne au Royaume-Uni en ce moment. S'ils restent nombreux, les nouveaux migrants seraient moins nombreux à gagner les côtes de la Manche. Certains spécialistes, en s'appuyant sur les précédentes crises financières, parlent même prudemment d » « année retour ».
Depuis 2007, le marasme économique n'a en effet pas épargné les secteurs professionnels où les travailleurs immigrés sont nombreux en Grande-Bretagne, notamment le bâtiment.
Mais avant la crise, l'élargissement de l'Union européenne vers les anciens pays du bloc soviétique avait déjà changé la donne. Virginie Guiraudon, chargée de recherche au CNRS sur les politiques d'immigration, explique :
« Il y a une très forte compétition avec les ressortissants des huit pays d'Europe centrale et orientale entrés dans l'Union en 2004. Ils bénéficient d'un meilleur accès au marché du travail et surtout d'une possibilité d'aller et venir à leur guise entre chez eux et le Royaume-Uni. »
La majorité des clandestins choisit cependant la Grande Bretagne davantage pour sa langue que pour sa courbe de croissance. On ne peut alors parler, selon Virginie Guiraudon, que d'effet indirect :
« La crise touche avant tout les contacts et la communauté sur place qui ne vont plus être en mesure d'accueillir aussi facilement les arrivants. La population intégrée depuis longtemps a la possibilité de rester, mais ce sera différent pour les nouveaux arrivants. »
La forte hausse du taux de chômage en Grande-Bretagne, passé de moins de 2,8% de la population active fion 2008 à plus de 4,7% cet automne, a donc des conséquences sur les flux migratoires.
Les candidats à la traversée vers l'Angleterre pâtissent également d'informations quelque peu erronées. Notamment en ce qui concerne les demandes d'asile, comme le relève Pierre Henry, directeur général de France Terre d'Asile : « Il existe une survalorisation de cette destination, alors je ne vois pas de raisons de favoriser l'Angleterre par rapport à la France. »
Les associations travaillent donc à informer les candidats à l'exil des réalités de l'eldorado britannique. A l'instar de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) depuis 2006, ou encore du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) qui, depuis son bureau calaisien, tente d'« apporter une information fiable et objective sur la demande d'asile en France ».
Insuffisant pour tarir le flux de de réfugiés sur les côtes de la Manche, même après la fermeture de la « jungle » décidée par Eric Besson, ministre de l'Immigration, le 22 septembre : le rêve britannique reste bien vivant.
Les services de police confient cependant à demi-mot, et de façon non-officielle, l'apparition d'un phénomène certes « assez rare » : celui de réfugiés, qui ont souvent mis des mois à atteindre illégalement l'Angleterre tant espérée, et qui finissent par se résigner à rentrer dans leur pays d'origine.
Un retour contraint, au risque, selon la législation en vigueur, d'être renvoyé dans le dernier pays receveur de la demande d'asile. A savoir l'Angleterre… Pour éviter d'en arriver là, l'Union européenne examine à l'heure actuelle la possibilité d'organiser des charters communs entre les pays membres pour renvoyer les immigrés illégaux. Déçus ou non.
Photo : des abris de fortunes construits par des migrants dans les dunes près du port de Dunkerque (Pascal Rossignol/Reuters)
Premier musicien français à être admis dans l'Orchestre Philharmonique de Vienne, Xavier de Maistre, considéré par beaucoup comme le meilleur harpiste du monde, fait débuts à Paris en récital lundi -un garçon qui a plus d'une corde à son arc.
Vous croyez qu'il n'y a rien de commun entre l'apparemment fragile Xavier de Maistre, harpiste virtuose de son état, membre de l'Orchestre philharmonique de Vienne et les Marx Brothers ? Si, la harpe !
Souvenez-vous de Harpo, Arthur de son vrai prénom, avec sa longue blouse grise cachant mille objets hétéroclites, toujours une harpe à portée de main… Le voilà se déchaînant dans la « Seconde Rhapsodie hongroise » de Liszt. (Voir la vidéo)
Et quel rapport entre le harpiste Xavier de Maistre né à Toulon en 1973 et l'écrivain Xavier de Maistre (1763-1852), frère du philosophe Joseph de Maistre et auteur d'un livre mythique, « Voyage autour de ma chambre » ? Le Xavier d'aujourd'hui est l'arrière-petit-neveu du Xavier d'hier, et il relit précisément en ce moment le fameux « Voyage… »
Arrêtons-nous là. Le garçon semble tout à fait dégagé de ces héritages, dont il parle sans fierté et sans humilité non plus. Comme un fait, c'est tout. Parce que la grande affaire de Xavier de Maistre, c'est sa rencontre-coup de foudre avec un instrument qu'il n'attendait pas et qui a débarqué, comme ça, dans sa vie.
Il raconte :
« Au Conservatoire de Toulon où j'étudiais, c'est d'abord de la professeur de harpe, Vassiliva Briano, que je suis tombé amoureux. Mais dès que je me suis mis à travailler l'instrument, c'était comme s'il était fait pour moi, et moi pour lui. Je n'ai pas d'explication.
Il n'y a jamais eu de musicien dans ma famille. D'ailleurs, mes parents étaient très inquiets de me voir prendre cette voie. »
Foin des clichés : la harpe n'est pas seulement cet instrument diaphane réservé aux séraphins des tableaux de Fra Angelico, ni aux jeunes filles de bonne famille. De la harpe celtique à la harpe des Andes, de la harpe africaine à la harpe troubadour, elle a accompagné l'homme depuis la nuit des temps, sur tous les continents, dans toutes les civilisations. Des cordes, un arc, le tour était joué.
Au gré des inventions des luthiers, du répertoire des compositeurs et des exigences des musiciens, cet instrument à cordes pincées s'est considérablement sophistiqué, avec sept pédales correspondant à chaque note de la gamme, une caisse de résonance améliorée.
Après de rares et timides apparitions à l'orchestre au XVIIIe siècle, la harpe prend son envol au XIXe siècle, notamment grâce à Hector Berlioz, qui saura en tirer les plus beaux effets. Et c'est à l'orchestre que Xavier de Maistre fait d'abord parler de lui : il est le premier musicien français à avoir été admis dans le philharmonique de Vienne, et il reste le seul. C'était en 1998, il avait 24 ans :
« C'était un rêve de gamin. J'avais dit à mes parents, en voyant cet orchestre à la télévision, “j'y serai un jour” ! C'est une formation d'une incroyable flexibilité ; il n'y a pas de répétition, ce qui exige une écoute et une interactivité totale.
C'est l'orchestre de l'instant. L'autre secret, c'est qu'aucun orchestre au monde ne travaille autant : entre l'opéra et la musique symphonique, il y a 400 spectacles par an, le tout pour 148 musiciens. »
Xavier de Maistre a donc fait toute sa carrière de l'autre côté du Rhin, en Allemagne où il est aussi professeur de harpe à la Hochschule (l'équivalent de nos conservatoires) de Hambourg, et en Autriche, à Vienne. Et puisque nul n'est prophète en son pays, il fait seulement aujourd'hui ses débuts parisiens en concert.
Pour vous donner une petite idée d'une harpe jouée par un de ses plus grands interprètes actuels, écoutez Xavier de Maistre dans le deuxième mouvement du « Concerto en ré majeur » pour piano et orchestre de Haydn adapté pour harpe, et extrait d'un disque qu'il vient de publier en hommage à Haydn.
Le plus étonnant, explique-t-il, c'est qu'il n'a pas écrit de version spéciale pour la harpe et qu'il joue directement à partir des partitions pour piano. Il n'y a donc ni transposition, ni transcription. La harpe, pas si loin du piano ?
C'était en tout cas l'intuition de Harpo Marx ! Il joue un prélude de Rachmaninov, et regardez bien ce qui se passe à la fin… (Voir la vidéo)
► Récital au théâtre des Bouffes du Nord - 37bis, boulevard de la place de la Chapelle - lundi 9 à 20h.
► « Concerto » pour harpe de Ginaster avec l'Orchestre national de France, direction R. Muti - au théâtre des Champs-Elysées - les 14 et 15 janvier à 20h.
► Hommage à Haydn avec l'orchestre symphonique de Vienne, direction Bertrand de Billy - 1CD RCA
Rien n'arrêtera le mouvement : les vacances des ouvriers du BTP sont toujours dans l'impasse. Cette fois-ci, le Sénat se penche sur le système dans un rapport astucieusement nommé « Pour une gestion transparente des caisses de congés payés du bâtiment et des travaux publics ». Retour sur un scandale révélé par Eco89.
Le sénateur (centriste) Jean Arthuis avait soulevé un coin du voile en juin : le BTP cache un trésor de 777 millions d'euros. Le voici qui s'implique un peu plus dans la dénonciation des turpitudes de l'Union des caisses de France (UCF), sorte de holding de tête des caisses de congés payés du BTP. Avec un titre choc, à lire en creux.
Un système chroniquement bénéficiaire
Résumons : depuis 1937, les ouvriers du bâtiment touchent leurs congés payés de l'une des 32 caisses, créés en théorie pour protéger leurs intérêts matériels. Dans les faits, la Fédération française du bâtiment (FFB) tient solidement les rênes de ce système : 6 milliards d'euros collectés pour 1,6 millions de salariés, le tout placé pendant un an pour générer des intérêts…
Résultats : des réserves énormes, évaluées à 749 millions d'euros le 31 mars 2009. L'entreprise, qui fait vivre 920 salariés, est florissante. Chroniquement bénéficiaire sur ses derniers exercices (lire page 14 du rapport) :
Le dernier exercice (2007-2008) a été particulièrement excédentaire, grâce notamment au produit des placements financiers :
« En 2008, le résultat financier s'est élevé à 133 millions d'euros. Selon les responsables des caisses, la suppression d'une telle ressource, qui ne pourrait être compensée par la seule réduction des coûts de gestion dont le montant s'établit à 96,3 millions d'euros, conduirait à relever mécaniquement les taux de cotisation. »
Or, de manière assez byzantine, certaines caisses ont commencé à rendre les surplus d'excédents. Ainsi, la caisse d'Evreux a rendu 3 millions d'euros en 2008, tout en baissant son taux de cotisation de 0,4%.
Un magot qui suscite des convoitises
C'est aussi une excellente affaire pour les organisations patronales, seules à siéger dans les conseils d'administration de ces associations, seules aussi à avoir une vue exacte sur des comptes très opaques. D'après leurs chiffres, voici ce que les caisses ont reversé en 2008 aux fédérations du BTP (page 28) :
On le voit, le magot est très inégalement réparti. D'où de solides inimitiés : la Capeb réclame depuis des mois sa part du gâteau à la FFB qui ne veut rien savoir. Et encore moins entendre parler d'une ouverture aux représentants des syndicats. La cause ne mobilise d'ailleurs que faiblement les confédérations, puisque seule la CFDT s'est manifestée auprès de Jean Arthuis.
Dommage, car au lieu de payer 14% de leur masse salariale pour financer les congés payés de leurs salariés, les entreprises du BTP paient en moyenne plus de 19%. Chiffre qui inclut les cotisations aux organisations professionnelles, longtemps présentées comme obligatoires… alors qu'elles sont parfaitement facultatives.
Une jolie promesse de Gascon : le don oublié aux HLM
Le meilleur est pour la fin. Au printemps, alors qu'elle sent l'étau se resserré, la FFB se dit prête à débloquer 100 millions d'euros pour le logement social, dans le cadre du plan de relance du gouvernement. Bravo, répond Jean Arthuis, avant de déchanter, car la promesse (passée entre temps à 150 millions) n'a jamais été honorée.
En langage de sénateur, cela donne (page 41) :
« Enfin, s'agissant de l'engagement pris par l'UCF de mobiliser ses réserves à hauteur de 150 millions d'euros pour soutenir l'activité du bâtiment dans le secteur de la réhabilitation des habitations à loyer modéré et des travaux publics, force est de constater que, depuis l'annonce faite en avril dernier, aucun euro n'a été investi.
Pour l'heure, l'opération rendue publique par la FFB au sortir d'une concertation avec M. Brice Hortefeux, alors ministre en charge du travail, relève de l'effet d'annonce. »
Qui plus est, la FFB renvoit la responsabilité de ce retard à l'administration, accusée de ne pas avoir donné son accord à un système d'achat de titres pour soutenir des prêts bonifiés à 1%. En clair, il n'est plus question d'un don au logement social, mais de prêter de l'argent que les caisses récupéreront dans quelques années !
De bonnes questions, mais pas de réponses…
S'il a le mérite de poser de bonnes questions sur le fonctionnement des caisses, ce rapport du Sénat s'arrête aux portes des sièges luxueux du BTP. Il omet d'aborder frontalement quelques sujets brûlants :
En somme, un rapport qui devrait finir dans un tiroir du ministère du Travail. A moins que le ministre ne se réveille…
: Comme d'habitude, l'UCF, que nous avons sollicité, a refusé de répondre à nos questions.
Chez Benoist Girard, fabricant de prothèses à Hérouville-Saint-Clair (Calvados), on ne pourra plus dénoncer son collègue grâce au système électronique mis en place par la direction : un juge des référés du tribunal de grande instance de Caen a suspendu vendredi ce « dispositif d'alerte professionnelle », conformément à la demande des salariés. Selon LeFigaro.fr, la direction de cette filiale du groupe américain Stryker devrait faire appel.
La justice a jugé que le logiciel de dénonciation en vigueur depuis dix mois causait un « trouble manifestement illicite ». En France, l'alerte professionnelle est autorisée, mais très strictement surveillée par la Commission nationale informatique et libertés (Cnil).
Celle-ci fait signer aux entreprises désireuses de s'équiper d'un tel système une autorisation qui permet uniquement les alertes « visant à l'établissement de procédures de contrôle interne dans les domaines financier, comptable, bancaire et de la lutte contre la corruption ».
En juin, Eco89 avait révélé que le laboratoire pharmaceutique Sanofi-Pasteur utilise un système allant bien au-delà de ces critères, grâce à une déclinaison du site américain EthicsPoint (la pratique est très utilisée au Etats-Unis, car largement autorisée). Ses employés peuvent dénoncer des collègues pour « abus de stupéfiants », « conduite inappropriée », ou « violation de la politique interne ».
Pour prouver que le système était opérationnel, Eco89 avait dénoncé -calomnieusement- le PDG du laboratoire pour consommation de cocaïne, de marijuana et d'alcool dans son bureau. EthicsPoint n'a donné aucune suite à cette dénonciation anonyme volontairement farfelue.
A l'époque, le laboratoire nous avait affirmé que ce système n'existait en langue française que pour permettre aux résidents américains de « faire une déclaration dans une autre langue que l'anglais ». Le fait qu'on puisse utiliser le procédé depuis la France étant « une faille dans le système », selon le labo.
Le secrétaire général de la Cnil, Yann Padova, nous affirmait que Sanofi avait « pris des risques » vis-à-vis de son organisme. Quatre mois plus tard, la « faille dans le système » est toujours béante.
Une faute du ministre Christian Estrosi sur son compte Twitter et un rattrapage osé ont relancé ce débat crucial.
Après s'être fait rabrouer au Sénat pour son utilisation compulsive de Twitter, Christian Estrosi, ministre de l'Industrie, s'est également vu reprocher sa mauvaise orthographe par le socialiste Martial Bourquin. En cause, ce message :
« Je commence le bêtisier : Bourquin PS : efficacité du service publique mais cette efficacité pas au détriment du service publique. »
Le sénateur l'a corrigé publiquement :
« Monsieur Estrosi, je suis un autodidacte comme vous. “Service public”, c'est un “c”, c'est pas “que”. Quand on parle de l'identité nationale… l'orthographe fait partie de l'identité nationale. »
« Publique ou public ? Ce n'est pas privé c'est l'essentiel. Coquille… Autant pour moi ! »
Passons sur le débat concernant « au temps pour moi ». Le reproche de Martin Bourquin l'ayant visiblement beaucoup froissé, le ministre a consacré une partie de sa matinée de vendredi à se justifier. Pour expliquer sa coquille, le voici invoquant la première graphie de l'adjectif « public » :
« Petit cours d'histoire orthographique : “Publique” est la première orthographe admise pour l'adjectif quelque soit son genre. (…) C'était d'ailleurs la seule graphie non fautive jusqu'au XVIIIe siècle. Au delà “Public” a progressivement évincé “Publique”. »
Ouf, l'honneur est sauf pour le maire de Nice puisque sa coquille n'en était pas une ; il s'agissait d'une coquetterie orthographique. Un peu comme si la faute d'orthographe était l'erreur ultime à faire en politique, d'autres personnalités publiques se sont vues raillées pour s'être emmêlé les lettres.
Le Président écrit comme il parle et inversement. Ses petites phrases surprenantes d'imperfections syntaxiques sont rédigées ainsi dans ses discours. Ainsi, on retrouvera « si y en a que ça les démange d'augmenter les impôts… » ou « Madame la Sénatrice, Monsieur le Sénateur et tous ceux qui sont importants, bonjour ».
Dans une tribune publiée dans Le Monde, Barbara Cassin, chercheuse au CNRS, s'indigne de la « présence massive de fautes d'orthographe sur le site de la présidence de la République française » :
« Dans le discours prononcé devant les ouvriers de Daher tel qu'il figure sur le site de l'Elysée, je lis, entre autres, ces deux fautes qu'on ne tolère pas en classe parce qu'elles sont le signe que l'élève ne comprend pas le mécanisme de la langue : “Nous on fait confiance et vous adhérer à cette stratégie offensive”, et “on apporte aux participations les participations qu'à la Caisse, les participations qu'à l'Etat”. »
En 2008, c'est « Le Petit Journal » de Canal + qui relevait une jolie faute de Nicolas Sarkozy, griffonnée durant un discours : « fréquenter l'infrécentable ». (Voir la vidéo)
Lorsque Vincent Peillon, en décembre 2008, flingue le texte d'orientation de Martine Aubry, tout juste élue première secrétaire du PS, il critique le fond et la forme : un texte « qui ne fait aucune proposition, qui dès la première page comporte plusieurs fautes d'orthographe, oublie le thème de l'Education ».
Le Post a relevé ces erreurs dans le document suivant :
En septembre dernier, Luc Chatel a fait distribuer un dossier de presse consacré à la rentrée scolaire truffé de fautes d'orthographe. Florilège :
- « La rèforme de l'enseignement primaire, qui est entré en application à la rentrée 2008, s'appuie sur des horaires et des Les programmes, redéfinis par arrêtés du 9 juin 2008 qui s'articulent avec les sept grandes compétences du socle commun. »
- « En 2009 se sont 214.289 élèves qui ont suivi… »
- « Ces formations concerneront prioritairement les enseignants qui exercent pour la première fois en école maternelles . »
Moqué par les médias, le ministre a fait corriger le texte.
Finalement, les hommes politiques ne font que suivre les tendances, la dernière étant de négliger son orthographe sans mauvaise conscience. Il y a quelques mois, Pascal Collardey, directeur des ressources humaines du cabinet d'audit et de conseil KPMG pour la France, expliquait à Eco89 qu'une bonne orthographe n'était pas forcément nécessaire pour obtenir un emploi :
« Il y a vingt ans, faire deux fautes dans une lettre de motivation était clairement rédhibitoire. Aujourd'hui, si on s'arrêtait à cela, la pile des candidatures maigrirait sérieusement. Il ne faut pas que l'orthographe soit le seul critère lorsqu'on décide d'écarter une candidature. »
Le débat sur l'orthographe a été relancé à l'automne avec la parution de « Zéro Faute » du journaliste François de Closets. Il y raconte sa détresse de « nul » en orthographe et plaide pour sa simplification. A un journaliste de l'Indépendant, l'essayiste de 75 ans a confié :
« Finis les complexes. A mon âge, je me sens enfin libre vis-à-vis de l'orthographe. Il faut savoir qu'il reste deux tabous en France : la masturbation et les fautes d'orthographe. »
Florentino Perez, président du Real Madrid, fait la gueule. Non seulement Ronaldo, son galactique préféré, n'est pas près de rejouer -la faute à Pepe le sorcier ? - mais surtout le gouvernement socialiste a décidé de revenir sur les avantages fiscaux accordés par Jose Maria Aznar en 2003.
A l'époque, Florentino s'apprêtait à faire signer Beckham. Pour faciliter le transfert et attirer les joueurs étrangers, Aznar, proche de Perez et ouvertement Merengue, sortait une mesure fiscale de sa manche : les salariés non résidents gagnant plus de 600 000 € par an ne paieraient pas plus de 24 % d'impôt sur le revenu pendant six ans.
Jackpot pour les grosses écuries espagnoles. Depuis ce beau jour de 2003, les salaires des cadors européens sont négociés en net (le club se chargeant de payer pour le joueur sa part d'IR). CR9 (Ronaldo) perçoit 9,5 millions d'euros nets annuels et 11,7 bruts. S'il avait décidé de signer en Italie, le salaire brut aurait été de plus de 13 millions d'euros. Dumping fiscal en règle. Le crime était presque parfait.
Depuis l'annonce de la réforme par Elena Salgado, ministre des Finances et bras droit de Zapatero, la Ligue, les présidents de club et Marca s'en donnent à pleins poumons. Florentino est « consterné », Laporta menace (« Le gouvernement doit revenir sur sa décision ») et le président de la Ligue s'effondre sur « la compétitivité du football espagnol (qui) est en danger ». On parle même d'annuler le derby de samedi prochain entre Atletico et Real. Non mais de qui se moque-t-on ?
L'Espagne est en récession, frôle les 20% de chômage (2e derrière la Lituanie, quand même) et les caisses de l'Etat sont vides. L'idée que des nouveaux riches de 20 ans ne paient que 24% d'impôts n'amuse plus vraiment les foules, sur le thème « si nous aussi on nous augmente les impôts, pourquoi pas aux footballeurs ? ».
Tandis que les présidents se la jouent plus socialistes que le Premier ministre en convoquant une grève imaginaire, les premiers à défendre la réforme sont les joueurs eux-mêmes. Pochettino, entraîneur de l'Espanyol Barcelone :
« Moi je n'ai jamais compris pourquoi les footballeurs espagnols devaient payer 43 % d'impôts et les étrangers seulement 24%. Je ne comprends pas ce privilège. »
Puñal, capitaine d'Osasuna :
« Si quelqu'un devrait avoir un privilège, au contraire, ça devrait être les joueurs espagnols. »
Même si on aimerait bien voir Perez et Laporta sous la même pancarte se gelant sur la Castellana, il y a peu de chances que les cadors sortent de leurs bureaux climatisés pour battre le pavé. Salgado, la ministre de l'Economie, le sait bien et « espère que les présidents de club seront intelligents et sauront ne pas s'affronter à leur propre public ».
Si les Galactiques signés jusque-là ne sont pas concernés, en revanche, les prochains arrivants, eux, devront se plier à la nouvelle loi. Pauvre Franck Ribéry… Dire qu'il avait réussi à négocier le même salaire que Ronaldo. Manque à gagner prévu : presque 2 millions annuels. Saison de merde.
Photo : Davic Beckham à Madrid le 26 mai 2007 (Andrea Comas/Reuters)
Mardi soir, Brice Hortefeux lançait comme un ballon d'essai son idée de couvre-feu pour les mineurs. Le dispositif est censé répondre à une hausse spectaculaire de la délinquance juvénile. Or ces chiffres font déjà polémique. Sans compter que cette mesure préventive cible un public tout à fait specifiique : les moins de 13 ans qui seraient déjà passés à l'acte.
Rue89 a consulté les statistiques internes au ministère de la Justice cette semaine. S'agissant des moins de 13 ans, l'activité du juge des enfants a baissé de 5% entre 2007 et 2008, pour ne plus concerner que 2995 dossiers (le pic d'activité étant pour les 15-16 ans, avec 37 722 cas).
Le gouvernement pourra toujours objecter que, souvent, les mineurs envoyés devant la justice ne rencontrent plus un juge des enfants mais seulement un membre du parquet, qui prononce de plus en plus de mesures alternatives aux poursuites.
Mais sur le terrain, les magistrats interrogés par Rue89 affirment que cette tranche d'âge n'arrive même pas jusqu'à leur bureau « ou alors pour un vol de t-shirt chez Decathlon, que le gamin a rendu en se faisant souffler dans les bronches par sa mère ». Natacha Rateau, du Syndicat de la magistrature, est au parquet mineurs de Rochefort (Charente Maritime) depuis sept ans :
« Chez moi, les gamins dorment, la nuit ! Avant, j'étais dans l'Oise, et c'est vrai qu'on pouvait avoir ponctuellement des jeunes qui trainaient la nuit. Mais jusqu'à preuve du contraire, être dehors ne fait pas d'eux des délinquants ! Le gouvernement essaye de transformer l'imaginaire des gens en généralisant à l'échelle du territoire une réalité sociale extrêmement minoritaire. »
Et si d'aventure les policiers (qui ont aussitôt dénoncé le manque de moyens pour appliquer le couvre-feu) croisaient sur le coup de 23 heures un adolescent dont ils supposent qu'il a moins de 13 ans, comment procéder ? En effet, jusqu'à preuve du contraire, il est interdit de ficher les moins de 13 ans, même dans le tout dernier dispositif de fichage validé par le gouvernement.
Là encore, l'expérience de terrain est éclairante. 36 heures après l'annonce d'Hortefeux, Rue89 a rencontré Sébastien Chinksy. Educateur depuis cinq ans, dont trois à la Protection judiciaire de la jeunesse à Versailles, il travaille surtout sur les cités de Plaisir et Villepreux. Il s'exprime en tant que délégué et membre du bureau régional CGT-PJJ. Premier constat : en cinq années, il n'a jamais eu affaire à un seul adolescent de moins de 13 ans :
« Le plus jeune cas que j'aie eu, c'est un môme de 13 ans pour un vol de vélo. Les plus âgés, c'est en général pour vol de portable, conduite sans permis, vol de véhicule, la consommation de cannabis ou bagare devant le collège. »
Parmi les mineurs qu'il suit, une petite moitié est sous le coup d'un contrôle judiciaire. Avec, pour certains, interdiction de sortir de chez soi, interdiction de fréquenter ses coauteurs après un premier passage à l'acte. Nul besoin, donc, d'un nouveau dispositif promu au prétexte de la contamination des conduites délinquantes dans les bandes de jeunes.
Les dispositifs actuels de contrôle judiciaire sont déjà très peu efficaces, même s'ils ont augmenté de 4% entre 2007 et 2008. Pour Sébastien Chinsky :
« Combien de fois il arrive qu'un gamin sous contrôle judiciaire soit interpellé par la police et relâché alors qu'il est déjà sous contrôle judiciaire ? Un jeune que je suivais avait été interdit du territoire pour agression sexuelle. Il était censé venir dans les Yvelines seulement pour son rendez-vous avec moi, tous les huit à dix jours.
Deux fois, il a été attrapé. Pas dans le cadre d'un contrôle d'identité, parce que la police vérifiait qu'il avait le droit d'être là mais parce qu'il allait au poste : une fois pour vol de vélo devant la gare, une fois pour possession de cannabis. Or que se passe-t-il ? On le relâche en lui disant qu'il recevra une convocation et sera mis en examen. Aucune mention du contrôle judiciaire et de l'interdiction. »
Il arrive aussi que Sébastien Chinsky demande au juge une audience de recadrage pour pouvoir retravailler sur le sens de la peine avec l'adolescent, sans qu'il soit forcément besoin d'aller jusqu'à la révocation du sursis. L'éducateur observe que la plupart restent « intimidés » devant l'institution judiciaire.
« Cinq ou six fois par an, il m'arrive de demander un placement, y compris dans des structures privatives de liberté, qui peuvent être intéressantes. Parce qu'on estime que ce jeune peut représenter un danger pour l'ordre social, ou pour lui-même. Malheureusement, lorsqu'il n'y a plus de place en foyer, on décide de les incarcérer. »
Dans les statistiques, le nombre de mineurs détenus n'augmente pas, contrairement aux mesures de réparation, par exemple.
Les éducateurs insistent aussi sur la nécessité de leur redonner une utilité sociale. Sébastien Chinsky :
« Souvent, ces jeunes auraient du être signalés afin d'être protégés. Finalement, ils se signalent eux-mêmes par leur comportement délinquant, ils s'autodénoncent pour être pris en charge. »
La frustration des éducateurs augmente aussi avec le raccourcissement des mesures décidées par le juge, qui limite un travail de fond sur le contexte familial. Sans compter que les placements de jeunes majeurs tendent à disparaitre, laissant des gamins livrés à eux-mêmes aussitôt leur anniversaire passé. Sans suivi, nombre d'entre eux finissent par repasser à l'acte. Jugés devant un tribunal pour adultes, ils sont souvent incarcérés faute de suivi éducatif.
Phot : au commissariat du Xe arrondissement de Paris en février 2009 (Audrey Cerdan/Rue89)
« On ne peut pas exiger le même chiffre du BTP ou de l'industrie cosmétique » : dans une interview à Madame Figaro, Xavier Darcos se dit sceptique sur un quota féminin dans les conseils d'administration. Le ministre du Travail veut « du cousu main », pas du systématisme. Simple réalisme ou frilosité ?
La polémique sur la féminisation du patronat a été relancée en juillet, avec la remise à Xavier Darcos d'un rapport sur l'inégalité hommes-femmes au travail. Parmi ses propositions : un minimum de 40% de femmes dans les conseils d'administration.
Une députée UMP, Marie-Jo Zimmermann, vient de déposer une proposition de loi en sens. Sans contraintes fixées par la loi, « rien ne bouge », argumente-t-elle sur le blog du Figaro Paroles d'entrepreneurs.
Xavier Darcos n'en est pas convaincu. Dans Madame Figaro, il explique qu'un quota aurait simplement « valeur de symbole » :
« Plus que l'égalité, je veux l'équité -pas seulement dans les conseils d'administration-, pour que les sexes soient répartis à due proportion de leur représentation dans l'entreprise. Là où l'on compte 60% de femmes cadres supérieures, on doit retrouver peu ou prou ce score dans le top management de l'entreprise.
On ne peut pas exiger le même chiffre du BTP ou de l'industrie cosmétique. Je veux du cousu main. »
Pourtant, aucun doute possible : les femmes sont nettement sous-représentées, comme l'avait expliqué Eco89. Et pas seulement dans les secteurs que Xavier Darcos semble considérer comme typiquement masculins, le BTP notamment.
Au sein des 500 plus grandes entreprises, 8% seulement des administrateurs sont des administratrices. Dans le CAC 40, il n'y en pas une seule chez Axa, Capgemini, EADS, STMicroelectronics, Vallourec et Veolia Environnement. BNP Paribas sauve l'honneur, avec quatre femmes sur quatorze administrateurs.
Le « cousu main » de Xavier Darcos ne risque pas d'apaiser le débat. Le ministre avait déjà estimé en septembre que le mouvement « s'accomplira de lui-même, sans que nous soyons obligés d'imposer une contrainte dans la loi ».
« Imposer une contrainte dans la loi » ? Xavier Darcos s'y refuse pour le « top management », mais il est prêt à le faire pour le reste de l'entreprise. Dans son interview à Madame Figaro, il détaille son programme :
Sans contrainte pour modifier le « top management », ce sera donc essentiellement aux hommes qu'il reviendra de féminiser les entreprises. Selon vous, Xavier Darcos a-t-il raison de leur faire confiance ?
Photo : Anne Lauvergeon, PDG d'Areva, en 2008 (Benoit Tessier/Reuters)